Ce mardi 18 juin, le gouvernement présentait sa réforme de l’assurance-chômage. Ce n’est pas tant le fond et les mesures qui nous intéressent ici que la forme, la façon dont les nouvelles mesures ont été présentées, discutées et validées.

Un réel dialogue ?

Officiellement, les partenaires sociaux ont été très étroitement associés aux réflexions gouvernementales, services du Premier ministre et du ministère du travail en tête. Les représentants du patronat et ceux des salariés ont en effet été conviés, à plusieurs reprises, à diverses réunions. Depuis une lettre rédigée par le ministère du travail fin 2017 et définissant le cadre de la négociation, ils ont en effet été invités à partager leurs points de vue et à exprimer leurs propres propositions. Mais, déjà, une forme de réticence se faisait sentir : le gouvernement était, à leurs yeux, beaucoup trop directif et leur laissait bien peu de marge de manœuvre. Cela s’est très concrètement matérialisé par les critiques assez dures des partenaires sociaux contre la tutelle gouvernementale et par la rencontre inédite, le 11 juillet dernier, entre cinq syndicats de salariés et trois syndicats patronaux (CGR, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Medef, U2P, CPME). Les partenaires sociaux contre l’exécutif ?

Un échec de la négociation

Aujourd’hui, la réforme est très proche de celle que voulait le gouvernement. Les syndicats ne sont pas parvenus à empêcher le durcissement des droits des chômeurs, entre autres. Le patronat, lui, n’a pas pu empêcher le bonus-malus pour le recours aux contrats courts et la taxation sur les CDD d’usage.

Beaucoup estiment que le dialogue avec le ministère du travail et Matignon n’en était pas un. Tout comme les syndicats n’ont pas été consultés au sujet du dispositif de la loi sur les mobilités concernant les plateformes Uber et autres (contrairement à ce qui avait été annoncé), les organismes paritaires n’ont pas été conviés à une dernière réunion de concertation avant l’annonce des réformes (en dépit de l’annonce faite). L’exécutif aurait tout décidé, seul…

Mais il ne faut pas oublier un élément central : la négociation entre syndicats de salariés et organisations patronales, au sujet de cette réforme de l’assurance-chômage, s’est soldée par… un échec, en février dernier ! Le gouvernement ne pouvait que reprendre la main.

Changer la façon de dialoguer : passer de la négociation au partenariat

Il ne s’agit pas ici de donner de bons points aux uns et de mauvais points aux autres. Il s’agit bien plus de faire en sorte que les frustrations soient évitées. Ces frustrations trouvent leur origine dans la façon dont le dialogue avec les pouvoirs publics a eu lieu : il n’était pas proactif, il était réactif. Or, bien souvent, les organismes paritaires (comme les entreprises et les associations de façon générale) réagissent plus qu’elles n’initient le dialogue. Certes, il est parfois difficile d’amorcer soi-même une conversation (notamment lorsque des réformes sont décidées) mais cela démontre bien l’importance d’un dialogue régulier, récurrent, contributif, sur tout type de problématique. C’est une relation de partenariat avant même une relation de négociation qu’il convient de mettre en place. Car dans le partenariat, le risque de frustration est beaucoup plus faible. Et dans le partenariat, chacun contribue au calendrier, aux avancées. Chacun apporte une réelle valeur ajoutée et fait évoluer les positions / conceptions de l’interlocuteur.

Allant de pair avec la subsidiarité, un tel partenariat doit être construit avec et par les entreprises elles-mêmes, quelle qu’en soit la taille et quel que soit l’échelon politique de l’interlocuteur public ! Chacun a besoin de l’autre. En outre, cela apaise à la fois les tensions et les incompréhensions. Il est toujours plus facile de partager ses désaccords lorsque la confiance est réciproque. Et cela s’avère souvent fructueux, d’une façon ou d’une autre…

Ludovic Espitalier-Noël – www.influences-reputation.com