Peut-être pour la première fois depuis bien des années, le concept même de territoire n’est plus avancé par les dirigeants politiques comme une simple notion un peu vague, destinée à démontrer un quelconque attachement à une région, une identité voire des racines. La révolte des ronds-points, les cahiers de doléances rédigés partout en France, la fragmentation croissante de notre pays, les fossés divers entre les grandes villes et les zones rurales ou péri-urbaines ont notamment favorisé une réelle prise de conscience : Paris n’est pas la France ! Et la France n’est pas Paris. L’esprit même des discours a changé, même si la fracture entre France d’en-haut et d’en-bas n’est pas un constat récent.

Parmi ces signes qui ne trompent pas :

  • Volonté du président Macron qu’une réflexion soient menée sur les apports et les insuffisances des réformes décentralisatrices de 1982 et 2004
  • Discours à Saint-Brieuc, le 3 avril dernier, laissant entendre qu’une troisième étape était possible
  • Volonté gouvernementale de corriger certaines dispositions de la loi NOTRe et des réformes territoriales échelonnées depuis 2010
  • Souhait du président Macron qu’un nouveau pacte territorial soit instauré
  • Demandes récurrentes d’un grand nombre d’acteurs économiques et sociaux pour une vraie décentralisation (et déconcentration) des pouvoirs
  • Appels réguliers de chefs d’entreprises (notamment bretons) au retour des compétences en région
  • La signature avec l’Etat dans quasiment toutes les régions de pactes régionaux d’investissement dans les compétences

Une opportunité, maintenant

La sortie du Grand Débat, le besoin déculpabilisé d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et les outils modernes permettant le travail à distance constituent une excellente opportunité pour amorcer une nouvelle étape au service de l’économie et de l’humain, grâce à une plus grande attractivité des territoires. L’hebdomadaire L’Express publie d’ailleurs chaque année le classement des villes où il fait bon vivre et travailler. Car le dynamisme de notre pays repose, entre autres, sur nos PME et ETI. Selon les derniers chiffres de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale, ce sont les entreprises de moins de 20 salariés qui ont par exemple représenté la majorité des embauches en CDI au 1er trimestre 2019. D’autres illustrations sont légions : par exemple, la Bretagne et ses PME / ETI est l’une des régions qui dépose le plus grand nombre de brevets. Et des bassins géographiques, ici et là, se spécialisent : cyber-sécurité, numérique, santé, vin, monétique, économie bleue, etc.

Un modèle centralisé et circulaire

Mais ces mêmes régions, si elles forment des talents, voient néanmoins les compétences nouvellement formées rejoindre assez rapidement la région parisienne. Et ces compétences ne reviennent en région que bien des années plus tard, à partir de 40 ans en moyenne (quand elles reviennent). Entretemps, il est toute une génération de jeunes diplômés et de jeunes experts qui manquent à nos territoires. De plus, selon l’INSEE, ceux qui « rentrent » sont principalement les moins diplômés tandis que ceux qui « sortent », eux, sont bien mieux formés. En parallèle, les grandes structures continuent d’établir leurs sièges sociaux en région parisienne car, sans doute, c’est là que se prennent les décisions ayant des impacts forts sur leur activité. Rendre attractifs les territoires implique de briser ce modèle centralisé et circulaire.

Associer les entreprises

La réflexion doit être collective, fondée sur une démarche de long terme, et centrée sur les entreprises. Sans entreprise, pas de familles ni d’attractivité territoriale. Il ne s’agit pas de copier le modèle allemand, mais ne pourrait-on pas donner plus d’autonomie aux régions et associer bien davantage les entreprises aux décisions politiques, locales et nationales ? La participation dite citoyenne est dans l’esprit de beaucoup, mais il faut aussi permettre aux entreprises de pouvoir être bien mieux considérées, prises en compte et écoutées.

La question des territoires passe par elles ! Qu’elles puissent contribuer efficacement (et être pleinement écoutées) dans les réflexions bientôt menées par le gouvernement pour ce nouveau pacte territorial esquissé par le président le 25 avril dernier. Tout le monde y gagnera !