Le lobbying n’a pas bonne presse (même s’il s’agit d’un constat qui ne repose sur aucun fondement valable). Nous l’avons régulièrement écrit dans d’autres tribunes, ceux-là même qui pourfendent ce métier sont les parfois les premiers à s’y plonger. Le lobbying et l’influence politique sont partout, de l’association de parents demandant à la mairie d’enlever les arbres de la cour de récréation aux riverains s’opposant à l’extraction de sable dans une baie, en passant par les consommateurs refusant la présence de perturbateurs endocriniens dans les biberons ou les ONG pourfendant la chasse et la pêche aux requins. Le lobbying n’est pas seulement économique : comme le montre par exemple Emmaüs, il est aussi social, caritatif, environnemental, humain…

Mais il est des règles que l’on se doit de respecter si l’on veut être efficace en la matière. Ces règles semblent évidentes à beaucoup mais la récente grève de la RATP, le 13 octobre dernier, a montré que d’autres les ignorent (ou veulent les ignorer) encore !

Première règle : le dialogue, pas le bras de fer

Aime-t-on discuter avec celui qui s’oppose sans écouter, qui s’arc-boute sur ses convictions sans même prendre en compte la moindre possibilité que l’autre puisse aussi avoir un peu raison ? Ne préfère-t-on pas plutôt dialoguer avec celui qui, même s’il ne partage pas nos idées ou nos perspectives, a une écoute respectueuse, humble et constructive ? Il ne s’agit pas de renier ses idées et de renoncer à ses arguments. Bien sûr que non ! Mais la méthode est tout aussi importante que le fond. La confiance envers celui qui fera preuve de respect et de retenue dans son opposition viendra bien plus naturellement (et facilement) qu’envers celui qui s’enracine dans la contestation, voire dans la course à une opposition toujours plus radicale. L’histoire de nos pays est riche en exemples ! Le bras-de-fer ferme la porte, le dialogue l’ouvre. Le bras-de-fer repousse les réformes inéluctables, le dialogue doit permettre des solutions progressives et adaptées.

Deuxième règle : contribuer, participer, s’impliquer

Cette règle est étroitement liée à la première. Un dialogue (sincère) implique une écoute attentive et la volonté d’avancer ensemble vers une même direction. Il y a de la place pour tous les intérêts dès lors que le respect prévaut. Ernest Renan, lorsqu’il parle de la nation, ne dit rien d’autre. Il y a une ambition commune. Les intérêts peuvent être et sont souvent différents, voire divergents. Mais dès lors que l’objectif est le même, alors la contribution de chacun est utile. Le lobbyiste est là pour permettre la contribution des intérêts qu’il représente. Le politique est là pour trancher. Mais il ne peut le faire qu’à partir du moment où toutes les forces en présence ont contribué et ont cherché, à leur façon, à faire avancer la cause commune. Notre monde est un monde de relations. L’égoïsme dans l’opposition frontale ne conduit qu’à l’isolement.

Troisième règle : argumenter avec objectivité, en tenant compte de l’intérêt général

Les avocats, eux-aussi, s’opposent à la réforme des retraites. Mais leurs arguments semblent fondés et ils prennent en compte l’intérêt général : leur régime est un régime autonome, les retraites sont intégralement auto-financées et l’Etat ne verse aucune prestation. Mieux, les avocats versent chaque année 100 millions d’euros au régime général alors qu’ils n’en perçoivent aucun centime. Leur opposition (impliquant une hausse des cotisations de 100% et une réduction de la rente de 40%) semble objective, rationnelle. Que l’on soit d’accord ou pas, personne n’est pris en otage et cette profession ne met aucune entrave à la liberté de circulation et à la liberté de travailler des personnes. Des arguments tels que ceux-ci ont bien plus de chances d’être entendus et compris…

En lobbying, l’exemple des apiculteurs ou du métro parisien ?

Il existe d’autres règles, bien évidemment, mais l’approche de la RATP (en utilisant le grand public comme bouclier) est la mauvaise. En revanche, les apiculteurs français ont tout compris : dans leur volonté de protéger leurs propres productions, ils ont su conjuguer les trois ingrédients évoqués ci-dessus : dialogue, implication et arguments objectifs. Certes, certains décrets d’application se font attendre, mais force est de constater que leurs actions de lobbying ont été efficaces. Les miels vendus sont soumis à davantage d’obligations de transparence. Il en allait de la survie de ces PME locales (contrairement à la RATP dont la survie n’est pas en cause) ! Leur approche est à saluer… autour d’un bon pot de miel du Finistère, par exemple !

Ludovic Espitalier-Noël – www.influences-reputation.com