Quelques chiffres vertigineux…

Régulièrement, des articles dans la presse ou sur Twitter font état des sommes colossales dépensées par telle ou telle entreprise, dans le cadre de ses actions de lobbying (qui, d’ailleurs, a dit qu’il s’agissait là d’une activité totalement opaque ?). Le site LobbyFacts.eu est l’une des sources d’informations, mais il en est d’autres telles que Transparency International ou encore le registre mis en place par la Commission européenne en juin 2008. Il est vrai que certains chiffres sont astronomiques. Pour une année d’exercice, 12 millions d’euros auraient été dépensés par European Chemical Industry Europe, plus de 6,5 millions d’euros par Insurance Europe, plus de 6 millions d’euros par Google, plus de 5 millions d’euros par AltroConsumo, plus de 3 millions pour la DeutscheBank, etc.

… mais qui cachent la réalité

Une lecture rapide donne à penser :

  1. que seuls ceux qui ont de l’argent et des moyens colossaux sont capables d’entamer des actions d’influence et d’affaires publiques
  2. que l’efficacité de l’influence dépend simplement de la somme que l’on y consacre
  3. que les affaires publiques ne concernent que des enjeux financiers, commerciaux et mercantiles, juste destinés à augmenter les profits des uns ou des autres

La réalité est toute différente et il convient de ne pas s’arrêter à l’impression donnée par ces quelques chiffres. Les mêmes bases de données font en effet état de centaines d’entreprises, d’associations professionnelles et d’ONG consacrant très peu de moyens financiers aux actions d’influence, ou employant parfois à peine une personne à mi-temps pour ce type d’activité, et réussissant malgré tout à rencontrer des officiels de la Commission européenne ou du parlement européen pour faire avancer leurs dossiers. On peut citer l’entreprise allemande X-Wind Powerplants UG, l’association belge pour des fermes innovantes, l’association française des juristes en droit de l’énergie, l’association française des biotechnologies végétales, et tant d’autres ! Tout n’est donc pas qu’une question de moyens financiers et l’honnêteté intellectuelle oblige à parcourir toutes les fiches, pas seulement les plus frappantes. Il ne faut jamais regarder la seule face émergée d’un iceberg…

Les affaires publiques peuvent aussi être sociales et caritatives, sans but lucratif !

Par ailleurs, l’objectif premier n’est pas nécessairement la seule et exclusive recherche du profit. Un article des Echos l’a récemment montré, sans le vouloir : “Le lobbying d’Emmaüs a payé. L’interdiction pour les marques et les enseignes de jeter ou brûler leurs vêtements invendus s’inscrira dans la nouvelle loi sur l’économie circulaire censée être votée en fin d’année.” On ne peut guère reprocher à l’association d’être dans la quête avide de juteux bénéfices ! Et combien d’autres associations défendent elles-aussi des intérêts qui relèvent d’abord du social, du caritatif ou de l’environnement : les soins palliatifs, la protection de la bio-diversité, la protection des familles mono-parentales, l’accès des sans-abris à des obsèques dignes et respectueuses, l’insertion des handicapés dans le monde professionnel, l’accès pour tous à la culture, la défense des langues régionales, etc.

Choisir le professionnalisme : là est le vrai critère d’efficacité

Echanger avec les pouvoirs publics est une démarche nécessaire dans une société démocratique (à condition de ne pas oublier que le garant de l’intérêt général reste l’élu). Cela peut se faire de façon totalement désorganisée et donc inefficace, mais cela peut aussi passer par des méthodes transparentes, codifiées, professionnelles et éthiques. Ces dernières sont ouvertes à tous, quels que soient les budgets consacrés, et quel que soit le secteur. Les affaires publiques ne sont pas réservées aux seules multinationales cotées en Bourse ! N’oublions pas qu’il en va, parfois, de la survie même des structures de taille plus modeste et d’une certaine vision de l’homme…

Ludovic Espitalier-Noël – www.influences-reputation.bzh