En affaires publiques, ceux qui en ont le plus besoin… restent passifs

Mieux communiquer avec les pouvoirs publics, travailler pour un meilleur environnement législatif s’imposant aux entreprises, promouvoir son activité auprès des pouvoirs publics : tout cela ne serait-il réservé qu’aux structures dotées de moyens colossaux ou à de grands groupes ? La réponse est évidemment négative, et nous l’avons déjà exprimé dans de précédents articles. Les affaires publiques et le lobbying ne sont pas réservés à ceux qui disposent de moyens colossaux. Bien au contraire ! Ce sont peut-être les entreprises et les associations qui n’y pensent pas, ou celles de taille plus modeste (au sens de la classification INSEE), qui en ont d’abord besoin. L’association Emmaüs, fondée par l’abbé Pierre, a récemment été remarquée par le quotidien économique Les Echos pour ses actions d’influence auprès du gouvernement et des parlementaires. Emmaüs n’est pas un géant mondial actionné par la simple quête du seul profit !

100% de chance d’être touché par une décision politique

« Mais, entend-on régulièrement, y a-t-il réellement un intérêt pour les indépendants, les professions libérales, les micro-entreprises ?  Pourquoi devraient-ils se lancer dans ce type d’activités, même de façon marginale ? » La réponse est assez simple : ils ne peuvent rester en dehors du lobbying et des affaires publiques tout simplement car les législations, les réglementations, les décrets, eux, touchent tous les secteurs d’activités, quel que soit la taille ou le statut de l’entreprise ! Les pouvoirs publics façonnent l’univers dans lequel ces indépendants et ces micro-entreprises évoluent. Ils interviennent de façon horizontale, transversale, en s’intéressant aux entreprises et indépendants en tant que structure (fiscalité, statuts, création, administration, embauches et licenciements, patrimoine, responsabilité, protection des données, couvertures sociales, etc.). Ils interviennent aussi de façon verticale en s’intéressant à chaque secteur (sidérurgie, notariat, boulangerie, pêche, services à la personne, soins du corps, santé, aéronautique, etc.) et en ouvrant ou restreignant des possibilités commerciales, notamment. Les indépendants et micro-entreprises, comme tous les acteurs économiques, sont donc concernés par deux faisceaux, deux grands types d’actions de la part des pouvoirs publics. Dans ce contexte, la probabilité d’être touché est de… 100% ! Il n’y a aucun doute en la matière.

Un exemple concret

Une toute récente illustration, qui touche le quotidien de dizaine de milliers de micro-entreprises et d’indépendants ainsi que de millions de Français, concerne l’épilation. Comme l’a récemment révélé la presse, un décret va très bientôt être publié : il permet aux esthéticiens de réaliser certaines opérations d’épilation (principalement l’épilation dite définitive) dont les dermatologues avaient jusque-là le monopole. Cette évolution de la législation est le résultat d’une bataille assez rude : cette ouverture à la concurrence va en effet contribuer à augmenter la croissance de certains acteurs et risque de ralentir, voire de nuire à la croissance des autres. Or, les dermatologues et les esthéticiens ne sont pas des multinationales : la quasi-totalité sont des indépendants, des professions libérales et des micro-entreprises. Ils se sont pourtant engagés, les uns et les autres.

Rien à perdre, tout à gagner

Il est donc vital, économiquement, pour tous ces acteurs de s’impliquer et de ne plus rester éloigné des actions de lobbying et d’affaires publiques. Ils n’ont rien à perdre à mieux communiquer avec les pouvoirs publics. Bien au contraire, leur croissance (voire parfois leur survie) est en jeu !

Ludovic Espitalier-Noël – www.influences-reputation.bzh