J’en ai pris conscience récemment : les pouvoirs publics ont vraiment une influence forte sur mon chiffre d’affaires !

Entreprise du Loiret, ThanaSoins est spécialisée en soins de conservation des défunts et intervient quelques heures après le décès. La société familiale emploie quatre  salariés et sa croissance n’est pas menacée : la mort étant inéluctable, il n’existe pas de mauvaise conjoncture économique dans ce secteur.

Discuter avec les pouvoirs publics ? Mieux faire comprendre ce secteur d’activité aux politiques qui pourraient légiférer ? Anticiper une éventuelle disposition qui imposerait davantage de contraintes ? ThanaSoins n’y voit strictement aucun intérêt commercial ou financier. Elle est même persuadée que ni le gouvernement, ni le parlement, et encore moins la Commission européenne ne vont chercher à réglementer davantage une profession qui l’est déjà beaucoup ! Selon elle, le sujet n’est pas attrayant et politiquement sans enjeu. De plus, avec une moyenne de 15 décès par jour dans le département,  aucun des salariés ou des dirigeants n’a le temps de rencontrer des décideurs publics ! Bien au contraire, ce serait une perte de temps… dont bénéficieraient les concurrents. ThanaSoins veut augmenter son chiffre d’affaires, pas faciliter la croissance d’autres entreprises à son propre désavantage !

Quelques mois plus tard, l’entreprise apprend dans un bimensuel spécialisé que le formaldéhyde vient d’être interdit par le ministère de la santé, par un simple décret. Le formaldéhyde est toutefois un produit indispensable pour les professionnels car il ralentit la décomposition du corps pendant la période où il est exposé à la famille et aux proches. Après études, le ministère de la santé déclare que cette substance  est fortement cancérogène. Toute utilisation par les professionnels est dorénavant passible d’une très lourde amende et expose les contrevenants à de possibles poursuites judiciaires.

ThanaSoins ne s’inquiète pas de cette disposition et recherche un produit alternatif. Mais aucune des substances  envisagées n’a encore été validée et autorisée par les autorités sanitaires : plusieurs tests n’ont même pas encore été faits. L’entreprise du Loiret se trouve donc devant un délicat problème : utiliser un produit interdit et s’exposer à de lourdes amendes, ou interrompre temporairement l’activité afin de respecter la loi sans savoir quand un produit alternatif sera enfin autorisé. D’une façon ou d’une autre, la croissance du chiffre d’affaires de ThanaSoins est menacée.

Si ThanaSoins avait consacré un peu de temps à un dialogue avec les pouvoirs publics, elle aurait pu prévoir ce décret aux effets négatifs. En outre, elle aurait pu  travailler avec le gouvernement – et les autorités sanitaires – à une disposition transitoire lui permettant de continuer à exercer son métier. Agir dès qu’elle en a eu la possibilité était une forme d’assurance dont elle a, malheureusement,  refusé les bénéfices. Elle en a depuis tiré les leçons et entretient, dorénavant, d’excellents rapports avec le législateur et les autorités publiques : elle n’a plus jamais été prise au dépourvu